Suffocation

She comes every night

And weeps

Or laughs

Like a maniac.

*

She wears

A ragged gray shroud

In her shaking hand a torch

Has you crying

Every night

*

She comes

And calls – what

What for ?

She rubs her knees on

The bloody soil

*

The nights she weeps

A shiver goes down the trees

She puts her head

Into your pond

She can’t breathe but her tears

– what tears ? Under water

Life doesn’t exist.

*

She prays

Does she?

She screams

She’s rotting

And the gods don’t answer

– don’t believe her

She thinks.

– Does she ? Under water

At least

Lies the calming void.

*

The bloody soil

You hear it

It wonders if

She killed someone or if

Someone killed her.

It wonders if she is a ghost

And she does, too.

*

She

Is lost

And yet tomorrow

She

Will act tough

And try to make peace with the gods

For she is a priestress

Pressured into showing faith

And hopes

And she can’t

She can’t fail

And is sure

She fails and lies

Every day

*

She

Who is she ?

Perhaps you know

Better than her

Who she is.

But look at you

Voiceless

Formless

Nymph

You can’t save her if you can’t save yourself !

*

She comes every night

And weeps

Or laughs

Like a maniac.

*

She wears

Nothing but her fears

In her shaking hand a voice

Has you crying

Every night

*

She comes

And calls – what

What for ?

She rubs her knees on

The bloody soil

*

The nights she laughs

The wolves themselves

Stop biting you

And cry.

She holds onto her faith

– holds a knife

And threatens

The weeper one.

*

She doesn’t pray

Does she ?

A god speaks

Through her

The other is silenced

As you are

As the forest is

The divine void

Takes over everything.

*

The bloody soil

You hear it

It wonders if she bleeds or if

It is the other who bleeds.

It wonders if she is a ghost or if

It is the other who is

And she doesn’t wonder

She now stands

Fiercely

On her own – are you sure ? – body.

*

She –

*

No – don’t

Approach !

A soul is drowning in

Your pond, all crumpled

No – don’t

Approach !

The priestress she was

Poisoned !

Look at the bloody soil –

It is all dead now.

*

She

Who is she ?

You ask – you

Ask ?

*

You talk – to say

What ? No

I will remain.

You have – a form ?

Is it a

Metamorphose ?

No

You say

– You say ?

It is merely you

Coming back from the cold

Filling with warmth the void

Wearing a saxifrage robe.

*

How can it be ?

How can it be ?

*

Now you both lie

On the bloody soil

From which you made roses

Grow.

She is

Unconscious

– Do you know she could be

The weeper

Or the screamer

Once awake ?

*

Do not

Chase me.

You are an imbecile

And have always been.

No – I am not

A god

– No, please, don’t

Kill me.

I shall remain silent

No – I am not

What she called

– No, please, don’t

Kill me.

*

Kill me

I understood.

Speak, nymph : I shall die.

*

You, ominous voice

Had nearly murdered us

Every night

Every day

By telling a story

We didn’t want to belong to.

We

Fought – or we

Didn’t

And in both cases, it was

Our fault.

*

She wept or laughed

I stood voiceless and formless

And you implied

We were

Weak or

Mad.

*

Look, she is awake :

She is herself

Nor a fool nor desperate

Both a fool and desperate

And for that, she is

Stronger than you.

*

Look, I am speaking :

I am myself

Nor a dead nor worthless

Both a dead and worthless

And for that, I am

Stronger than you.

*

The one who doesn’t exist

Is you.

*

Now, die.

*

She will come

And weep

Or laugh

Like a maniac

*

If she so desires

*

And I will listen

And cry

And hold her tight

*

If she so desires

*

She will come

And call – what

What for ?

The answer

Doesn’t matter

It might lie

On the grass

Or not

– Grass I will happily

Share

*

If she so desires.

Interstices

Dans le feu de paille métallique tiède et moite, elle se tient droite ; elle a bougé. Elle ne regarde pas les flammes, ni n’entend les moteurs ni ne sent les fumées. Elle regarde – un vent vaciller, une tache noire dans un œil, une bouche fermée. Elle – regarde : elle n’est pas. Une odeur, peut-être – de la verveine et de la menthe parmi les relents de cigarette.

(Il n’y avait pas d’ombre en ce jour. La place était offerte, entière, aux rêves d’hier et d’avant-hier et de toujours.)

Au cœur des lampadaires se trouve un éclair de glace. L’ampoule ne lui fait pas grâce – du moins est-ce ce qu’il croit, la prenant pour une lâche, elle qui canalise sa crudité. Ce qu’il ignore, c’est que cela est de peu de durée : en bas, à son pied, elle se tient droite ; elle a bougé. Elle ne regarde pas la lumière roide, ni n’entend les moteurs ni ne sent les fumées. Elle regarde – un clignement obscur faire obscurité, une étoile déjà morte, une lune fanée. Elle – regarde : elle n’est pas. Un frôlement, peut-être – de la force et des craquèlements parmi les épaules en fête.

(Il n’y avait pas d’ombre en cette nuit. Il n’y avait plus de place offerte, entière, il n’y avait plus qu’oubli.)

Parmi les tourbillons d’oppression, les idées, oisillons, brisent des crânes de plastique en fusion, ou, quelque part, deviennent un petit maillon. – Puisse la brume qui sait de quoi emplir ses poumons de neige ! En patientant, le béton se désagrège ; cela est bon. Car sur les fêlures, elle se tient droite ; elle a bougé. Elle ne regarde pas un trottoir vivre de passages, ni n’entend les moteurs ni ne sent les fumées. Elle regarde – un soupir d’asphalte fendillé, un feu rouge laissé pour noir, une flaque d’huile irisée. Elle – regarde : elle n’est pas. Un esprit, peut-être – un flambeau ou un torrent sec parmi les têtes muettes.

(Il n’y avait toujours pas d’ombre en ce moment. Le temps lui-même avait fui pour renouveler son sang.)

Elle.

Elle court immobile charriant du béton dans ses veines. Elle court immobile électrique sous les lampadaires sans haine. Elle court immobile silencieuse un feu brûlant l’entourant. Elle – cours : le temps revient. Nous reviendrons demain pour admirés ne voir rien – je crois.

Elle – rentre, ou reste chez elle dans le froid.

(Il y avait une ombre : la sienne. Le temps taira l’instant où elle jaillit. Elle ne voulait pas apparaître – parfois, cela arrivait, comme le vent mauvais.)

Renaissance

Il y a, dans l’océan où elle perdit ses yeux,

Des songes – abandonnés là par un lépreux.

Dans le ciel – depuis les profondeurs arraché à son nom d’immortel – la lune, purulente, enfle les nuages de sa sanie pestilente – elle vomit du sang. Les yeux inextinguibles l’ont percée – depuis le néant.

Ils brûlent d’effroi les courants – leur débâcle coule les navires naviguants. Au fond des pupilles sombres, des tourbillons et de l’écume salée – et sur les plages, le reflux d’une marée enragée.

Ils – les yeux – brisent des pierres, qui constellent les fonds vertigineux. Le corps – il est loin. Il a pris la place des cieux – régicide des dieux.

L’univers – l’infini – est mort. Le monde se referme autour de ces yeux réclamant du sang – encore.

Les songes – ils sont là. Ceux d’un lépreux – et ils se noient.

Ruines

Dans les ruines j’avance sans corps je suis l’univers Je n’existe pas Elle est transcendée.

A Ostia Antica je marchais brûlée par le soleil je buvais de l’eau seul lien avec la réalité avec Moi

A Ostia Antica je touchai un mur rouge effrité je vibrai je voulus l’étreindre je m’assis sous un arbre jeune plus jeune que les pierres mais le geste et l’ombre sont éternels

A Ostia Antica je vécus reconstruite par les ruines les mosaïques les tombes les temples ils sont vivants plus vivants que le bruit du présent

A la Villa Hadriana je marchais brûlée par le soleil je buvais de l’eau seul lien avec la réalité avec Moi

A la Villa Hadriana je contemplai le Canope le Théâtre maritime les points d’eau la vie deux mille ans plus tard coule fraîche et sans fin le Temps s’efface nous tient la main

A la Villa Hadriana je m’emplis de couleurs de bruissements de feuilles les oliviers partout le silence apaise le bruit du passé des pierres du cœur

Dans les ruines j’avance univers je suis sans corps Elle est transcendée Je n’existe pas.

Tirade de Médée

Pour ne pas m’endormir en plein cours après avoir évité de justesse une attaque de panique, j’ai écrit le texte qui va suivre, dans un style racinien. C’est une tirade de Médée, contre Jason, elle lui avoue ce qu’elle s’apprête à faire après la trahison de celui-ci – elle va tuer leurs enfants. Les césures sont parfois hasardeuses mais je suis quand même assez contente du résultat. La rage de Médée est une source d’énergie inépuisable et bienvenue…

MEDEE.

Tu connaîtras ma rage en de longs mots, Jason

Mais tu sais déjà de quoi il est question.

Toi l’infâme, tu m’ordonnes de m’expliquer :

Toi qui es coupable, tu seras meurtrier !

Mon amant, entends mon sang bouillir en dedans !

Mon sang, infâme et coupable brasier ardent !

Par ma faconde observe mes feux furieux

Fuis, fou, ou ma folie frappera tes yeux.

Non ; demeure. Mais, ah ! détourne le regard.

J’ignore si l’Amour use encor de son dard

Pour te prévenir de mon vil crime odieux

Et sauver ce qui nous est cher à tous les deux,

Ou si ma Haine t’interdit la cécité,

Car sans yeux, tu ne saurais être terrifié.

Tu me chasses, moi qui t’aime, Je te déteste,

Tu me laisses pour un hymen tout sauf funeste !

Tu profitas de moi ; tu profiteras d’elle.

Ton pragmatisme sera puni par le ciel.

Peu m’importe de finir ma course aux Enfers ;

Ton bonheur finira broyé entre mes serres !

Je prendrai mes puissants poisons et mes poignards

Je prouverai que ton cœur est celui d’un couard !

Ton sang de traître et mon sang maudit vont mourir

Nos deux enfants chéris vont périr pour le pire !

Tu perdras tout ce qui t’est précieux dans les flammes

Après que ma main douce a joué de la lame !

Créon et Créuse sont déjà des carcasses !

Vois ma vengeance peser de toute sa masse !

Déjà tu n’as plus d’avenir, ni de présent,

Bientôt ton passé sera souvenir sanglant !

Tu vas craindre Médée.